[« Tif et Tondu » – 75 ans] Entretien – Éric Maltaite

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Eric Maltaite est le fils du dessinateur Will (créateur graphique de Choc) dessinateur de la série Tif et Tondu. Il est le dessinateur du spin-off Choc sorti l’année passée aux éditions Dupuis sur un scénario de Colman. Nous l’avons interviewé en février 2014 à l’occasion de la publication de Choc (sorti en avril 2014). Éric Maltaite revient sur sa carrière et la création de Choc.

Bonne lecture !

Comment est né le projet Choc ?

C’est la conjonction de deux envies,  rendre  hommage à mon père et bosser avec mon vieil ami Stéphan Colman.choc Lorsque mon père a arrêté Tif et Tondu, il me dit que si Tif et Tondu ne lui appartenaient pas, par contre Choc était à lui et si un jour je voulais en faire quelque chose, il était à moi…  Le temps a passé trop vite, mon père s’en est allé. A l’époque Stéphan venait régulièrement me voir en Espagne, on a pas mal parlé de lui , on a reparlé de travailler ensemble et Choc s’est imposé naturellement comme LE projet que nous devrions faire. Il s’est encore passé pas mal de temps avant de proposer les premières pages aux éditions Dupuis, nous y avons été doucement, avec précaution et c’était la bonne manière de faire.

Choc brise un peu le mystère de son visage…
Que vous croyez… disons que nous soufflons dans le brouillard, les volutes du mystère ré-enveloppent très vite le personnage.

Il s’agira de deux albums de 86 pages, comment avez-vous pu caser tant de choses à raconter sur le personnage ?
Si nous avions pu, nous aurions fait 300 pages… Il n’y a pas que le personnage, il y a plusieurs époques traversées, deux guerres, une crise monétaire majeure. Ensuite intervient une série de personnages extérieurs, pour certains fondateurs, pour d’autres destructeurs. L’histoire de Choc ne se bâtit pas sur du vent, elle se crée à partir du siècle qui nait, au sein même du remous nauséabond qui fonda notre époque…

Vous visez plus les nostalgiques de Tif et Tondu dans cette création, ou un public différent ?
On se doute que le public de Tif et Tondu sera intéressé, mais le but n’est pas de jouer sur la nostalgie. Nous cherchons avant tout à faire plaisir, sans avoir telle ou telle cible en ligne de mire, nous ne faisons pas du marketing. Nous racontons une histoire forte, en investissant notre savoir faire et notre amour du métier de raconteur d’histoires. Notre but, vous faire frémir !

L’ambiance est bien différente dans Choc que dans Tif et Tondu
Oui. Le parti-pris a été dés le départ d’employer un ton plus « réaliste », les époques et péripéties traversées le demandaient. Choc acquiert une dimension plus inquiétante dès que l’on se penche sérieusement sur ses agissements. Je connais peu de gens qui survivent à un saut en parachute sans parachute (La main blanche). Autre époque…

Dès le départ vous avez pensé à reprendre Choc sans Tif et Tondu ?
Oui, nous le trouvions passionnant, inquiétant sous son heaume de chevalier et classe dans son frac à revers rouge. Une somme de mystère, une source d’inspiration. Tif et Tondu… j’ai vu mon père « bosser » dessus toute sa vie, je l’ai vu en avoir marre, ce n’aurait pas été un hommage que de reprendre cette série. D’autant qu’il n’en était pas le créateur originel.

Avec Stephan Colman, vous avez choisi une vue réaliste sur l’histoire…
Très nécessaire pour bien asseoir notre histoire. Ce qui ne gâche rien, j’adore les recherches de documents, je plonge littéralement dans les époques que nous visitons.

Comment travaillez-vous ensemble ?
Stéphan m’envoie le scénario découpé-crobardé, il y a quelques annotations annexes et souvent des documents, lorsqu’il en a qui graphiquement pourraient être utilisés. Ensuite, nous nous parlons au moins une fois par semaine, via Internet pour les précisions, les petits ajustements. Nous mettons beaucoup de temps avant de valider nos pages auprès de l’éditeur. Entendez par là que je recommence souvent de petites choses, parfois de plus importantes. Ce qui nous préoccupe le plus c’est que nos intentions soient bien perçues, les ambiances bien posées. Sur un récit de près de 200 pages, il n’est pas question de laisser le lecteur se perdre.

Vous faites ainsi un hommage à votre père avec ce dytique ?album-cover-large-22662
Ben oui… c’est dit plus haut ha ha ha

Rosy a-t-il été séduit par le projet, quand vous lui avez présenté ?
Pour la petite histoire  lorsque Maurice Rosy a lu le scénario de Stéphan il  a été enchanté. Ils eurent de longues discussions téléphoniques pour parler du projet, c’est là que Colman apprit que Maurice Rosy gardait sous enveloppe scellée une lettre où il révélait l’identité de Choc. Nous ne saurons jamais ce que Rosy avait imaginé, il nous a adoubés Dessinateur et Scénariste de Choc, cette lettre n’avait plus de raison d’être.

Est-ce votre première collaboration avec Stephan Colman ?
Nope ! La première collaboration remonte à plus de trente années, il s’agissait d’un mini-récit pour Spirou. Nous avons payé notre billet d’avion pour les Cyclades avec, mais c’est une autre histoire.

Votre série phare, 421, a eu un beau succès…
Oui, oui et une intégrale est prévue cette année.

La date de sortie de Choc est-elle prévue ?
Avril 2014 , le 5 je crois, à vérifier…

Actuellement, où en êtes-vous sur le second album de Choc ?
Oui, je ne veux pas qu’il y ait trop de temps entre les deux tomes, moins d’un an serait l’idéal.

Vous avez des projets après Choc ?
Oui un Pulp avec Zidrou, il y a déjà une ébauche de travail faite sur le sujet.

Si votre père n’avait pas été dessinateur, vous n’auriez surement pas eu cette  vocation ?
Les circonstances auraient certainement été différentes, je n’aurais jamais rencontré Franquin, Peyo, Roba, Tilleux etc. Mais la mère de mon père, que je n’ai pas connue, peignait, il y avait déjà quelque chose dans l’air. Donc, qui sait, peintre ou couvreur, quel eût été mon destin ?

Que cela vous a-t-il fait, enfant, d’avoir un papa dessinateur de BD ? Ça fait rêver non ?
Oui, d’autant que je suis le premier de quatre enfants et que j’ai de ce fait eu droit à plus d’attention au début. J’allais à la rédaction de Spirou avec mon père, je dessinais dans son bureau etc. Ensuite ça s’est compliqué. Mais quand on dit que c’est dans les toutes premières années que se forment les personnalités, j’approuve.

Vous avez collaboré avec votre père sur de nombreux albums de Tif et Tondu
Nombreux ?… non, deux ou trois, pas plus. Mais ça m’a apporté beaucoup, de tout ce que je refusais d’entendre quand j’étais ado. Mon père était très patient et l’air de rien un excellent prof.

Petit à petit vous vous êtes dirigé vers un style semi-réaliste…
Au départ, je suis un inconditionnel de Gil Jourdan, c’est la première bande dessinée que j’ai lue. Ensuite, à force de faire des histoires d’agents secrets, je me suis de plus en plus intéressé au monde réel et de fil en aiguille …

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Vous avez du côtoyer des vedettes de la BD franco-belge ?
Presque tous, ou au moins rencontré. Le noyau dur à la maison, chez mes parents, était constitué des «  stars »  de Spirou, Franquin, Peyo, Roba, Tilleux, Jidéhem, Azara et Sirius, Jijé quand ils étaient de passage en Belgique. J’en oublie peut-être.

Quel est votre plus beau souvenir de votre carrière ?
Peut-être la cuite que j’ai prise en essayant de suivre Thierry Martens à la bière dans son bistrot favori «  le Manderlay » suite à la signature de mon premier album. Mais je ne suis pas très «  meilleur souvenir ».

Et votre plus belle rencontre ?
Il y en a tant… allez, avec le cœur, Franz. Un gars généreux, drôle, sympa, je ne m’attarde pas sur le talent… Je l’ai rencontré ici en Espagne, on est devenu potes tout de suite. Il dessinait de petite chronique de la vie d’ici et d’ailleurs « sur le côté » alors qu’il produisait déjà un nombre d’albums incroyable par an. C’était une bête de boulot et à côté, il trouvait le temps d’être le meilleur ami, disponible… ah, je le regrette. J’ai tout un scénario qu’il me fit sur mesure dans mes cartons, ce sera peut-être le second et dernier hommage que je rendrai à quelqu’un lorsque je le dessinerai.

Vous résidez en Espagne c’est bien cela ? Les librairies BD doivent se faire rares là bas…
Alicante, c’est la plus proche, j’y ai trouvé une première édition de Torpedo 1936 de Bernet en VO, mais je m’y rends rarement, je suis devenu client de la grande librairie mondiale online, c’est malheureusement la seule manière que j’ai de me fournir en BD en français.

Merci beaucoup Eric Maltaite d’avoir répondu à notre interview.
Avec plaisir.

Copies de l’interview strictement interdites. (c) Phylactère Productions / Ederweld

Propos recueillis par Red-tourn’.


Accéder au sommaire du dossier des 75 ans de Tif et Tondu

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