En quête de bulles hors-série n°1 : les femmes dans la BD, de figurantes à héroïnes indépendantes

Il a fallu longtemps pour que les femmes s’imposent dans le monde de la bande dessinée. De figurantes, elles ont progressivement évolué au cours des années, devenant alors des personnages incontournables, quitte à parfois voler la vedette aux garçons. Plongez au cœur de l’histoire des héroïnes !

Les femmes en BD

Bianca Castafiore, l’une des premières femmes à apparaître en BD

Au commencement, la bande dessinée était, encore plus que maintenant, considérée comme un art « peu sérieux ». Hormis Hergé, rares étaient les dessinateurs de personnages féminins.

Avec « Tintin », le lecteur d’aujourd’hui pourrait très volontiers hurler au scandale et qualifier son auteur de misogyne ou macho étant donné les portraits peu flatteurs de femmes qu’il a réalisés dans « Tintin » entre Irma, Peggy (qui ne fait d’ailleurs qu’une seule apparition dans « Tintin et Les Picaros ») et La Castafiore, .

Imbue d’elle même,  massacrant les noms à tout va, diva à la voix particulière et forte, n’hésitant pas à troubler le calme de Moulinsart, Bianca Castafiore ou Le Rossignol milanais est, en 1939, l’une des premières femmes à apparaître dans une bande dessinée. Même si outre-Atlantique on entend déjà parler de Wonder Woman, l’amazone…

 

La BD, un miroir des inégalités homme-femme présentes dans la société

Il ne faut pas perdre de vue qu’au début du XXe siècle, les femmes ont bien moins de droits que les hommes et ce, même si certaines travaillent. Pour la plupart, elles sont femmes au foyer, devant être d’excellentes ménagères et mères, elles n’ont pas encore le droit de vote (ndlr : celui-ci ne leur sera accordé qu’en 1944). C’est sans doute pour cette raison que les femmes se trouvent assez peu représentées en BD. Lorsqu’elles font une apparition, elles se retrouvent alors cantonnées, le plus souvent à des rôles de femmes au foyer. C’est par exemple le cas dans « Astérix » avec le personnage de Bonemine .

Bonemine

Bonemine, de la BD « Astérix » est la  première dame du village gaulois qui lutte encore et toujours contre l’envahisseur. Ce personnage est très sédentaire et incarne l’archétype même de la femme au foyer / Goscinny – Uderzo

Sans sombrer dans le machisme, on pourrait dire que les femmes étaient perçues à l’époque comme des contraintes pour les héros. En suivant cette logique, il était donc souhaitable qu’elles restent chez elles ou ne dépassent pas le simple rôle de figurante. Ce qui n’empêchera pas Uderzo de dessiner des femmes superbes comme Falbala.

 

Au XXe siècle, l’émancipation progressive de la femme déteint en BD

Uderzo et Goscinny disaient souvent qu’il était difficile de représenter avec humour les femmes dans la BD. Cela étant, au même titre qu’Hergé, Morris ou Peyo, ces dessinateurs n’avaient rien contre les femmes.

Avec l’évolution sociale de la femme, ces dernières vont progressivement s’émanciper dans les planches et faire parler d’elles dans les magazines spécialisés.

C’est surtout dans le « Journal de Spirou » que les femmes vont enfin commencer à apparaître dans d’autres rôles que celles de figurantes ou femmes potiches. Mais, une série du magazine « Tintin » ne sera pas en reste non plus, il s’agit de « Thorgal » de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme.

 

Les années 1970′, début d’une démocratisation des héroïnes en BD

Chez « Spirou » un certain Walthéry se demande pourquoi une femme ne pourrait pas vivre les mêmes aventures que les hommes. Et c’est ainsi qu’il crée en 1971 la première vraie héroïne : Natacha.
Belle, intrépide, maligne, célibataire endurcie avec une vie mouvementée, la belle hôtesse prouve qu’elle est aussi efficace que Spirou, Tintin ou même Blake et Mortimer.

Suivra rapidement une héroïne qui fera elle aussi beaucoup parler d’elle : l’électronicienne Yoko Tsuno, créée par Roger Leloup.

Yoko Tsuno (à gauche), est l’une des héroïnes les plus complètes de l’univers BD. Hautement qualifiée, voyageant dans l’espace, aventurière, elle tranche littéralement avec l’image de la femme figurante / Roger Leloup

 

Toutes deux prouvent également qu’il est tout à fait possible d’entretenir une amitié solide entre filles et garçons. En parallèle, d’autres femmes « plus conventionnelles » comme la maman de Boule, mère au foyer, perdurent dans les pages de « Spirou ».

C’est aussi le cas de femmes qui travaillent comme Jeanne, dans « Gaston Lagaffe ». Franquin ayant décidé d’insérer dans sa série phare une romance inoffensive et platonique entre Gaston et Jeanne.

S’ajoutent à ces héroïnes, des femmes actives qui aident, elles aussi, le héros à résoudre les mystères comme par exemple Queue de Cerise dans la série « Gil Jourdan » de Tillieux ou Kiki ‘d ‘Yeu dans « Tif et Tondu »
(ndlr : surtout dans les albums réalisés par Tillieux ).

Même dans « Spirou » les femmes ont enfin un peu plus d’importance, tout d’abord avec Seccotine, puis Ororéa crée par Fournier. En 1972, c’est la première fois que cette série voit apparaître une jolie fille ainsi qu’un schéma amoureux .

Les Schtroumpfs se retrouvent quant à eux avec la Schtroumpfette, une héroïne qui n’était initialement prévue que pour le temps d’une aventure, mais qui reviendra pour de bon plus tard dans la série.

 

En BD, les personnages ont aussi droit à des méchantes

Will aimait beaucoup dessiner les femmes et elles ont toujours eu beaucoup de place dans ses œuvres. Dans sa série « Isabelle », il créera la belle et sensuelle Calendula ainsi que sa grande tante vieille acariâtre et cupide. Un personnage qui est la Némésis de ses héros.

Mais ce n’est pas un cas isolé puisque d’autres femmes endossent également le rôle de méchante. C’est par exemple le cas de Lady X dans la série « Buck Danny ».

lady x

Dans les pages de « Tintin », avec la série « Thorgal », on découvre deux femmes fortes et volontaires qui sont deux opposées. D’un côté Aaricia, l’épouse de Thorgal et mère de Jolan. De l’autre, Louve, amante protectrice qui a suivi à plusieurs reprises son époux en faisant maintes fois preuve d’un remarquable courage face à de terribles épreuves.

Cette série voit également apparaître Kriss de Valnor, une méchante récurrente de la série : aussi belle que cupide et cruelle. Impitoyable, elle prouve de quoi elle est capable.

Les femmes deviennent plus importantes petit à petit, mais elles ne perdent rien de leur beauté et de leur féminité et peuvent aussi rester tendres et sensibles.

 

Des auteurs de BD sensibles avant l’heure à la cause féministe

Certains auteurs de bandes dessinées pour adultes eurent avant l’heure des vocations féministes.
Citons à titre d’exemple le vénitien Hugo Pratt avec « Corto Maltese ». Cette série, débutée en 1967, met en effet à l’honneur une multitude de femmes.

Qu’elles soient magiciennes comme Bouche Dorée ou Morgana, militantes comme Shangai li ou Banshee ou encore Rowena, aristocratiques comme la duchesse,  jeunes et perdues comme Pandora, un peu embarrassantes comme Marianne, ou avides de richesses et sans foi ni loi comme Venexiana Stevenson,  les femmes sont toujours présentes auprès de notre gentilhomme de fortune.

Si elles ont toutes des personnalités et des motivations différentes les unes des autres, elles restent avant tout des « femmes fortes » allant de l’avant et voulant atteindre leur but. Il ne s’agit pasde « potiches ».

De manière plus récente, on retrouve également Léo, l’auteur des « Mondes d’Aldébaran » avec Kim Keller sa plus célèbre héroïne. Beaucoup de ses séries sont portées par des femmes. Des femmes fortes, courageuses efficaces et féminines. Mais aussi, des femmes victimes de systèmes machistes ou religieux (ndlr : lire à ce titre le cycle d’Antarès) .

Albert Uderzo ira même jusqu’à écrire un album « féministe » intitulé « La Rose et Le Glaive » mais le tout comme toujours, avec beaucoup de finesse et d’humour.

 

L’existence de femmes en BD, une évidence pour les reprises de séries

Dans les années 90, il devient tout à fait normal qu’il y ait des héroïnes de bande dessinée. Certaines séries comme  « Blake et Mortimer » ou « Johan et Pirlouit » voient ainsi les pages de leurs nouveaux albums accueillir des femmes lors de leurs reprises.

Agents secrets pour « Blake et Mortimer », filles de spectacles, magiciennes ou princesses arabes dans « Johan et Pirlouit », la féminité est décidément de plus en plus présente dans la bande dessinée.

 

Quelle place pour la femme dans la BD franco-belge contemporaine ?

Aujourd’hui, la dessinatrice Florence Cestac dessine des bandes dessinées principalement composées d’héroïnes.
Elle parle aussi dans ses œuvres de sujets universels (ndlr : lire notamment « Le Démon de midi » et « Le Démon d’après midi ») mais aussi de sujets qui concernent exclusivement les femmes . C’est le cas par exemple dans « le Démon du soir » avec la thématique de la ménopause.

Sur ce thème conjugué à celui de la soixantaine chez les femmes, Florence Cestac nous livre un excellent album réaliste bourré d’humour. Elle a également traité des sujets plus sérieux tels que les avortements clandestins dans les années 60. Une pratique courante jusqu’à ce que passe la loi de Simone Weil, loi qui a dépénalisé l’avortement.

Plus récemment encore, Etienne Davodeau fut notamment l’auteur de « Lulu femme nue », un récit fictif mettant en scène une mère au foyer presque dépressive. L’héroïne se redécouvre en laissant sa famille et en faisant de nouvelles rencontres qui changeront sa vie. Il s’agit là d’un album très réussi qui fut d’ailleurs récompensé par un Fauve au FIBD d’Angoulême 2009.

Lulu femme nue

On trouve désormais bien plus d’héroïnes auxquelles les adolescentes peuvent aisément s’identifier car, même si elles sont de papier, celles-ci se trouvent confrontées aux mêmes problèmes. Problèmes pour se trouver un garçon, problèmes de poids comme Tamara de Darasse. Autre thématique récurrente, les galères de l’adolescence avec : les filles qui sont de vraies garces, les machinations, la pression liée aux attentes des parents, les copines pas toujours là pour vous aider. Des problématiques particulièrement mises à l’honneur dans la bd « Les Nombrils » de Delaf et Dubuc.

De même qu’au Japon, il existe des mangas spécialisés pour les jeunes filles (les shôjos) certaines maisons d’édition telles Blueberry ou Delcourt ont leurs propres titres qui s’adressent avant tout aux jeunes filles.

Il y a ainsi « La Rose Ecarlate » et « Un Prince à Croquer » de Patricia Lyfoung aux éditions Delcourt.
« Princesse Sara » d’Audrey Alwett ou encore « Nina Moretti » aux éditions Blueberry.

Il semblerait que les filles se soient définitivement et pour très longtemps installées dans les bandes dessinées pour tout âge.

Et elles continuent d’être différentes que ce soit par leur profession, leur caractère ou leur vie.

Surtout Mesdames continuez à  montrer que vous êtes présentes !

Eyaël

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