Les attentats de Paris, l’après 13 novembre 2015

Bonsoir à tous,

Cela fait maintenant une semaine jour pour jour que se sont produits les terribles attentats qui ont frappé Paris et la France toute entière. En janvier, c’était tant à la fois la liberté d’expression (Charlie Hebdo) que la liberté de conscience (l’Hyper Cacher) qui se trouvaient attaquées. Cette fois-ci, ce furent la liberté de réunion et le droit d’accès à la Culture qui furent tristement pris pour cible.

Ici l’équipe va bien et on espère qu’il en est de même pour vous et vos proches. Nous sommes de tout cœur avec les victimes, leurs familles, les secours, les forces de l’ordre ainsi que les acteurs de l’ombre qui œuvrent à notre protection. Comme beaucoup, nous avons été profondément choqués par les attentats et avons passé une semaine compliquée.

Au lendemain des événements dramatiques de Paris, l’armée française a annoncé avoir massivement bombardé Raqqa depuis les airs. Si cette décision, on le sait, est hautement symbolique, il ne faut pas oublier que celle-ci s’inscrit dans le cadre des frappes organisées par la coalition internationale pour mettre fin à Daesh sur le territoire occupé par le groupe terroriste. Pour autant, peut-on convaincre quelqu’un d’arrêter de nous attaquer en lui répondant par la violence ? Pour ma part je n’en suis pas convaincu. (Remarque : il est bien sûr incontestable qu’il faut aider les populations locales à se défendre contre la barbarie – du fait des valeurs humanistes que l’on souhaite porter – mais à mon sens les frappes aériennes, à elles seules, ne sauraient suffire.)

On ne peut pas à mon sens vaincre une idéologie, par principe immatérielle, par des actions matérielles. Ces dernières ne sauraient régler le problème que sur un futur à court terme en ralentissant les représailles à venir. Partir pour vaincre un groupe terroriste en Irak a finalement conduit à la création d’un autre. Est-on entré dans un cercle sans fin ? Non, bien sûr, il n’y a pas de fatalité.

Dans un contexte comme celui que nous traversons, il me semble plus important encore que d’habitude, de procéder à notre propre introspection. Comprendre l’origine profonde et le sens des valeurs que l’on souhaite défendre me semble indispensable. A ce titre, l’écoute et le dialogue m’apparaissent comme les meilleures armes que nous ayons à notre disposition pour améliorer les choses. N’oublions pas qu’une bonne partie de ceux qui viennent nous tuer aujourd’hui sont ceux qui vivaient encore parmi nous hier !

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Comme dans chaque conflit, j’ai le sentiment profond qu’il faut essayer de comprendre les motivations de l’autre pour mieux avancer. Il est toujours préférable de voir le monde en nuances de gris plutôt qu’en noir ou en blanc, contrairement à ce que cherchent à nous dépeindre les médias. Je rejoins d’ailleurs Doxa en ce qu’il explique que ceux qui nous tuent, au-delà des crimes que l’on peut réprouver, sont persuadés de faire ce qui leur semble juste. Chacun se voit du côté du bien mais peut-être que les frontières ne sont pas aussi nettes et tranchées qu’on aimerait le penser.

Beaucoup appellent à résister en s’affichant en terrasses et en se rendant à des concerts. Pour autant, était-ce vraiment là, les cibles symboliques des attaques ? Ces lieux n’étaient-ils pas finalement que l’expression du rassemblement d’individus ? Les terroristes voulaient faire un maximum de victimes, or il se trouve en effet que les lieux où ils ont frappé comportaient beaucoup de monde. Résister de cette manière semblerait donc logique si ces crimes étaient purement gratuits. Néanmoins, on sait, par les témoignages des rescapés, que ceux qui nous ont frappés considéraient leur action comme une vengeance aux bombes envoyées chez eux. Pas sûr donc que ce moyen de résistance leur fasse véritablement quelque chose, surtout de façon si passive.

Pour ma part je le concède, ces derniers temps j’ai peur. Pour autant je pense que c’est légitime et que ça n’est pas honteux. Beaucoup ont stigmatisé la peur comme quelque chose à bannir. Me concernant je  vois cela comme un mécanisme physiologique de défense des espèces animales face à une menace identifiée. En effet, face à une menace quelconque, l’organisme réagit plus rapidement et plus efficacement pour, soit affronter une menace si cela est possible, soit l’éviter et ainsi préserver sa vie. En l’occurrence on ne peut pas se défendre à titre individuel face à des individus armés d’armes de guerre… Par conséquent, je ne comprends pas pourquoi on attribue un sens péjoratif à une réaction objective.

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Toutefois, entre peur et panique il n’y a qu’un pas, la panique étant une peur démesurée qui par définition altère le jugement et les capacités de réaction. Avoir peur oui, se laisser intimider non. Notons d’ailleurs que même si l’envie nous en prend et c’est légitime, il reste préférable selon moi d’éviter les rassemblements publics non autorisés dans les grosses villes. N’oublions pas que les forces de l’ordre sont là pour nous protéger au péril de leurs congés, vie de famille, sommeil et santé. La moindre des choses reste donc encore de leur éviter tout danger inutile, question de respect pour leur dévouement. Et puis, on peut très bien commémorer nos morts sans forcément mettre en danger la vie d’autrui. La pudeur est parfois bienvenue.

A notre échelle, il y a mille et une façons de s’engager pour les valeurs que nous défendons et contre les valeurs prônées par le terrorisme. N’oublions pas qu’en tant que consommateur, nous avons un poids important sur l’origine des produits que l’on achète (et qui peuvent indirectement financer ceux qui veulent nous tuer). Si nous n’achetons pas massivement certains produits, ceux qui les produisent vont s’adapter. N’oublions pas non plus de faire entendre notre voix lors des élections qui nous sont proposées, voire de nous présenter si nous ne sommes pas d’accord avec ce qui est proposé.

Les amalgames, les exclusions, les inégalités avec les pays du Sud sont autant d’éléments qui contribuent progressivement à l’émergence d’une rancœur et qui peuvent se cristalliser en haine. Haine qui aboutit parfois à des atrocités dont on paye le prix par la suite. En diminuant ou en en limitant les causes, on évite ainsi les conséquences futures.

A titre personnel, je ne suis pas adepte de la philosophie qui consiste à faire des lois à chaud, un peu comme on lancerait une formule magique. Une loi n’a jamais été un champ de force face à ceux qui étaient motivés pour la braver. Qui plus est, prises dans un tel contexte, je crains que cela ne vienne malheureusement accentuer le mille-feuilles législatif sans pour autant apporter une solution de fond.

Bref, au lieu de considérer nos valeurs comme acquises, de considérer que se rendre en terrasse suffit, agissons concrètement. Faisons en sorte que les valeurs dont la France se veut héritière aient une réalité autre que leur seule gravure sur nos monuments. La Liberté, l’Égalité, la Fraternité, la Paix, la Culture, toutes ces valeurs méritent d’être défendues.

En espérant qu’on parlera prochainement à la TV de franco-belge autrement que pour aborder une enquête judiciaire, je vous souhaite une bonne semaine. Portez-vous bien.

South

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Photos de l’article © South

Pour compléter le débat :

La vidéo du vidéaste et philosophe Doxa, dont je partage l’avis :

Une liste de lectures sur le sujet, proposée par Myriam du blog « Un jour, un livre » : http://unjour-unlivre.fr/2015/11/des-livres-pour-mieux-comprendre-le-terrorisme.html 

Une tribune de Sarah qui fait réfléchir, sur Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-roubato/201115/lettre-ma-generation-moi-je-nirai-pas-quen-terrasse

Un article de la Revue médicale suisse en date de 2008 mais toujours d’actualité, sur les conséquences psychologiques individuelles et communautaires du terrorisme : http://www.revmed.ch/rms/2008/RMS-173/Consequences-psychologiques-individuelles-et-communautaires-du-terrorisme1

« La prochaine fois que quelqu’un vous fera peur, demandez-vous s’il a quelque chose à vous vendre », un super reportage de Cash investigation sur « l’après » : 

(Et n’hésitez pas à chercher le numéro de l’émission Capital de la chaîne M6, sur le financement de Daesh « État Islamique, d’où proviennent les milliards des nouveaux barbares », ça pourrait vous servir).

2 réponses

  1. Myriam dit :

    Merci d’avoir relayé mon article sur les livres qui parlent du problème terroriste. Ton article est également très intéressant 🙂

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