La session d’ouverture des EGBD, quel bilan ?

Bonjour à tous, aujourd’hui se tenait la session d’ouverture des États Généraux de la Bande Dessinée (EGBD) dans le cadre du Festival International de la BD d’Angoulême.

La situation étant relativement complexe, je me dois tout d’abord de revenir sur la crise du monde de la BD pour les néophytes (notamment la réforme du RAAP, la création des EGBD, la cotisation à 8%, etc). J’invite donc les personnes intéressées par le seul bilan à me retrouver plus bas en seconde partie 🙂 . Vous ne pourrez pas la manquer, ce sera en grand et en rouge.

PARTIE 1 : CRISE DU MONDE DE LA BD ET CRÉATION DES EGBD

 

Initiés à l’origine par une association d’auteurs et d’acteurs de la BD régie par la loi de 1901, les États Généraux ont pour but de dresser un état des lieux du monde de la BD et d’apporter des solutions aux différentes crises qu’il traverse, grâce à une importante mobilisation et de multiples concertations entre les divers maillons de la chaîne littéraire.

Car oui, le monde la BD est en crise, et ce depuis de nombreuses années. Cette crise est progressive et multiforme :

          • Une crise économique tout d’abord, liée à une surproduction qui, couplée à une stagnation du lectorat, fragilise les chiffres de vente ;
          • Une crise d’identité, ensuite, avec l’émergence du secteur d’économie numérique qui bouleverse les méthodes de vente mais aussi de création (et donc d’édition) ;
          • Enfin, une précarisation du métier d’auteur toujours plus importante au fil du temps.

Pour en savoir plus sur cette crise qui nécessiterait à elle seule d’être abordée par l’intermédiaire d’un dossier complet, je vous renvoie à l’excellent reportage de Maiana Bidegain intitulé « Sous les bulles – l’autre visage du monde de la BD » et tourné il y a un an lors du FIBD2014.

Or, si tout le monde s’était plus ou moins fait une raison, l’annonce en 2014 d’une réforme du régime complémentaire de retraite des auteurs professionnels (RAAP) a été le point de basculement.

Les auteurs, qui jusqu’à présent étaient soumis à un régime de cotisation optionnelle par classe s’échelonnant de 426€ pour la classe spéciale à 3428€ pour la classe la plus haute, devront être soumis à un nouveau régime proportionnel à leur régime complémentaire dès le 1er janvier 2016. [1]

Cette réforme a été mal vécue par de nombreux auteurs qui, pour la grande majorité d’entre eux, verront une hausse importante de leurs prélèvements avec le nouveau système, leur laissant à peine de quoi vivre étant donnés leurs faibles revenus. La cotisation de 8% qui leur sera normalement imposée dès 2016 plongera donc la plupart d’entre eux dans une profonde précarité.

[…] les auteurs sont heureux qu’on améliore leur couverture retraite, mais, vu leur faible revenu, très souvent en dessous du SMIC, ils sont davantage préoccupés par leur quotidien. Ce qui importe aux auteurs est d’abord de parvenir à joindre les deux bouts.

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Le SNAC BD (Syndicat National des Auteurs et Compositeurs BD)

Mais, même si le métier d’auteur est un métier solitaire, le monde de la BD est une grande famille et c’est pourquoi de nombreuses voix se sont élevées pour leur prêter main forte dans leur renégociation de la réforme, notamment du côté des lecteurs.

On notera à ce titre l’opération « Une planche, Une lettre, Une ministre » menée par la page Facebook « Je lis des BD et je veux que ses auteurs en vivent » qui proposait d’envoyer par voie postale la photocopie d’une planche BD ainsi qu’un communiqué, le 23 juin dernier, à Aurélie Filipetti, notre ancienne ministre de la Culture.

Le

Le Ministère de la Culture et de la Communication, destinataire des nombreux courriers du projet #UPULUM

« Madame la ministre.
Je suis lecteur de bande dessinée, et je vous écris dans le cadre de l’opération « Une planche, Une lettre, Une Ministre » lancée via les réseaux sociaux la semaine dernière.
Par la présente, je souhaite vous alerter sur les conditions de travail des auteurs de bande dessinée.
Considérés comme indépendants, ils cumulent tous les inconvénients de ce statut ainsi que ceux des salariés, statut qui est concrètement le leur dans leur relation vis-à-vis de leurs éditeurs.
Mais surtout, je souhaite vous demander d’engager tout le poids de la force publique que vous représentez afin que le RAAP, organisme de collecte et de gestion de retraite complémentaire, ne ponctionne lourdement des travailleurs dont le revenu n’excède pas ou guère le RSA en vue de refinancer une caisse dont la gestion a été nettement questionnée par la Cour des Comptes.
Si les ventes de BD ont généré un chiffre d’affaire de 417 000 000 d’euros en 2013 (rapport Gilles Ratier ACBD), ce ne sont guère les auteurs qui en touchent les bénéfices.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma haute considération »

Texte du communiqué de l’opération « Une planche, Une lettre, Une Ministre »

Cette opération, liée à d’autres initiatives des syndicats et des auteurs eux-mêmes, débloqua légèrement la situation en permettant l’ouverture de négociations.

Sans revenir sur les discussions hautement politiques de ces enjeux et les avancées et reculs qui se sont opérés ces derniers mois, je me bornerai à dire que c’est dans ce contexte un peu tumultueux mêlant inquiétudes et espoirs que sont nés les États Généraux de la Bande Dessinée. Quel meilleur moment en effet qu’une crise pour remettre les choses à plat, discuter, chercher des solutions à des problèmes tous ensemble ? (j’idéalise un peu, mais c’est globalement l’idée)

PARTIE 2 : LE BILAN DE LA SESSION DES EGBD DU 30 JANVIER 2015

 

La session d’ouverture des États Généraux réunissait donc ce matin auteurs, libraires, éditeurs, représentants de l’État et d’établissements publics liés au monde de la BD, lecteurs, diffuseurs… dans le théâtre d’Angoulême pour deux heures de présentation des différents projets et du contexte actuel.

Ayant eu la possibilité d’assister à cette réunion en direct, dressons dès à présent un premier bilan d’étape.

Si la première partie du discours s’est intéressée à rappeler en détail le pourquoi des États Généraux de la Bande Dessinée et leurs objectifs, ainsi que l’inventaire et la présentation de leurs différents partenaires, la seconde partie de la réunion était à mon sens la plus intéressante.

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L’affiche des EGBD d’Angoulême

Nous y avons ainsi fait la connaissance du conseil scientifique constitué d’universitaires, d’économistes et de sociologues de renom, chargés de mener ensemble un état des lieux complet de la situation du monde de la BD tant qualitativement que quantitativement par la récolte et l’analyse de données. Cet état des lieux sera économique, sociologique et scientifique. Dix axes d’études ont ainsi été présentés dans le cadre de ce projet :

          1. Les auteurs : un recensement et une cartographie des auteurs sera réalisée de manière anonyme afin de récolter les informations telles que les revenus des auteurs, leur degré de professionnalisation, etc.
          2. Le marché : cette démarche sera élargie aux acteurs du monde de la BD tels que les éditeurs.
          3. Les formations : il s’agira là encore d’opérer une cartographie des formations des auteurs en cherchant à comprendre le parcours de chacun et leurs impacts.
          4. Les Lecteurs : tenter de comprendre qui lit quoi et de quelle manière.
          5. Libraires et diffuseurs : cet axe d’étude sera basé sur la cartographie des libraires et le recensement des différentes méthodes de diffusion à la fois physiques et numériques.
          6. Le numérique : il s’agira ici de s’intéresser à la question de l’innovation et son influence sur les réseaux de distribution. Quel est l’impact du numérique sur les auteurs, lecteurs, éditeurs ? Cet axe constituera un gros pôle de recherche universitaire.
          7. La place de la bande dessinée parmi les biens culturels : étudier les retombées de la BD dans les différents domaines artistiques, par exemple en matière cinématographique.
          8. De la collection au marché de l’Art : analyser ces pratiques annexes à la BD et voir l’impact que celles-ci peuvent avoir sur le travail des auteurs.
          9. Les festivals : cette étude sera principalement axée sur l’impact de chacun et la place que tiennent l’ensemble de ces acteurs.
          10. La mobilisation des auteurs : il s’agira de comprendre les difficultés de réunion des auteurs et celles relatives à la constitution d’un groupe professionnel à part entière afin d’en voir les avantages et échecs.

Par ailleurs, le conseil scientifique reste ouvert à de nouvelles propositions d’axes thématiques, les dix points énoncés ci-dessus n’étant que de grandes directions générales. Il a également affirmé sa volonté de ne pas créer de catégorie avant l’étude, mais plutôt de constater objectivement des situations avant d’en tirer toute conclusion.

Ces différentes études, inscrites dans une perspective historique, seront publiées sur le site des États Généraux de la BD au fur et à mesure de leur conclusion et feront l’objet de colloques ou d’une présentation spécifique.

D’autre part, les États Généraux se sont dits favorables aux initiatives de lecteurs, lesquels seront ainsi consultés dans la suite du processus, notamment par l’intermédiaire de cahiers de doléances.

Précisons enfin que le ministère de la Culture a terminé la séance en réaffirmant la nécessité de la réforme du RAAP tout en soulignant en parallèle sa volonté de donner la parole aux auteurs.

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Nicolas Georges, représentant du ministère de la Culture, lors de son allocution des EGBD

Et c’est tout pour Angoulême ? Eh bien non car une grande marche des auteurs est prévue demain 🙂 . Organisée par le SNAC BD (Syndicat National des Auteurs et Compositeurs BD), celle-ci débutera samedi 31 janvier à 14h30 en ayant pour point de départ le « Monde des bulles » du champ de Mars, et viendra prendre fin devant la mairie d’Angoulême une heure plus tard après une rapide allocution de quelques auteurs. Cette marche fait suite à la grève de dédicaces opérée par les auteurs lors du festival « Quai des bulles » de Saint-Malo en octobre dernier.

L'un des visuels proposés par le SNAC pour la conception de pancartes.

L’un des visuels proposés par le SNAC pour la conception de pancartes.

Par ailleurs, les personnes soutenant le mouvement mais ne pouvant physiquement pas être présentes à Angoulême sont invitées à se prendre en photo avec leurs libraires et des messages de soutien devant leurs librairies.

Vous l’aurez donc compris, le monde de la BD est en pleine effervescence et se veut être acteur de sa sortie de crise à tous les stades de la chaîne littéraire.

Vive la bande dessinée !

South

Pour des précisions sur la réforme du RAAP : http://www.ircec.fr/fr/actualites-14/detail-reforme-du-raap-en-2016-le-regime-de-retraite-complementaire-des-auteurs-pourquoi-une-reforme-20

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