Interview n°5 : Jean-Claude Fournier

Il a un incroyable esprit de poésie, il a réalisé neuf albums de Spirou après Franquin, a créé et étoffé Bizu, une série pleine de poésie et de magie. Mais il a aussi ouvert sa porte à plein de dessinateurs tels que Malo Louarn, Michel Plessix, Emmanuel Lepage, Lucien Rollin, Blesteau, Gégé et quelques autres.

A 71 ans, il pourrait décider d’arrêter mais non, il est animé par la passion de la bande dessinée !

De qui parle-t-on ? De Jean-Claude Fournier évidemment !

Ce dernier a très gentiment accepté de répondre à une interview concernant son premier personnage de papier : Bizu, le petit lutin vivant dans la très étrange et très mystérieuse forêt de Brocéliande.

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Jean-Claude Fournier dans son atelier


 

Eyaël : Bizu, est ce une série que vous prenez plaisir à relire ?

J-C Fournier : Oui. Ça n’arrive pas souvent mais ça peut m’arriver de penser à une séquence et je relis alors toute l’histoire.

Eyaël : Combien de temps passez-vous sur l’écriture du scénario et la réalisation de l’album ?

J-C Fournier : Le scénario me demande 5-6 mois de réflexion. Bizu EderweldEnsuite, je passe deux ou trois jours à réaliser le scénarimage de l’histoire et enfin ça me prend 9 mois pour le dessin et l’encrage. C’est un peu comme une grossesse.

Eyaël : Si vous reprenez la série, ferez-vous encore apparaître les Bilzigs ?

J-C Fournier : *rires* Ah bah oui ! C’est comme si tu demandais à Peyo s’il continuerait à mettre les Schtroumpfs dans Johan et Pirlouit !

Eyaël : Quel serait le titre de la prochaine aventure ? Et autour de quoi tournerait l’intrigue ?

J-C Fournier : Le titre sera L’Ami du Carlagot. Et ça se passe dans le monde des marionnettes. Tout ça tournera autour d’un vieux montreur de marionnettes chinois qui vient donner un spectacle dans la forêt de Brocéliande. C’est basé sur un fantasme personnel : j’ai toujours été fasciné depuis tout gosse par les marionnettes.

Eyaël : Ferez-vous voyager Bizu et Schnockbul dans des pays où il y a beaucoup de « magie » ? Comme par exemple l’Irlande, l’Ecosse, la Norvège ou le Moyen-Orient ?

J-C Fournier : Alors le Moyen-Orient, je ne suis pas intéressé. Ce qu’il faut savoir, c’est que dans Bizu, on ne parle pas de magie mais on considère simplement que tout est normal et ordinaire. Ce n’est pas la même magie que dans Les Schtroumpfs, par exemple. Dans Bizu, la magie est inhérente en quelque sorte.

Le voyage, c’est pas une nécessité. Je ne cherche pas à le faire voyager, il ne voyage que si c’est nécessaire, comme dans La Croisière Fantôme par exemple (pour ramener quelqu’un dans son pays).

Eyaël : La série manque de personnages féminins récurrents, en créerez-vous un ?

J-C Fournier : Non, « j’aime pas les femmes » *rires*. Y a déjà eu Kéryna. J’envisage également d’imaginer des personnages féminins et des enfants chez les Bilzigs.

Eyaël : Avez-vous eu des offres sérieuses concernant Bizu ?

J-C Fournier : Oui. Au Québec la série est également connue et marche beaucoup mieux qu’en France, on me demande souvent une suite, les albums s’y vendent bien. Et c’est ainsi que j’ai reçu ici chez moi douze Québecois venus discuter de l’adaptation de Bizu en dessin animé.

bizuOn a sérieusement étudié la question, la décision a été prise de faire réaliser le dessin animé au Chili car je parle espagnol, ce qui devait faciliter les rapports avec les animateurs. La première et plus importante partie financière était prise en charge par des télés américaines, la seconde partie devait dépendre de TF1 et c’est là que ça a coincé pour… des raisons vestimentaires.

Les rayures dans le sens vertical risquaient de provoquer un effet de moirage qui rendrait mal, j’ai donc accepté que le haut soit bleu uni.

Par contre, TF1 m’a demandé si Bizu c’est une fille ou un garçon, j’ai répondu « c’est un garçon ». Ils m’ont donc demandé pourquoi il portait une jupe. Et là j’ai dû expliquer qu’au départ c’était un kilt mais que, découragé par le dessin des plis, je l’ai dessiné droit. Mais TF1 voulait bien du projet si je dessinais Bizu… en pantalon : pas question !!! Fin du projet pour le moment. C’est dommage car ils avaient tout compris à l’univers de la BD et ç’aurait été une adaptation fidèle.

Eyaël : Parlez-nous de Tatiana Domas, s’il vous plaît. Comment l’avez-vous rencontrée et choisie ?

J-C Fournier : Soyons clair : je n’ai pas choisi Tatiana, elle semble être très à même de dessiner la série mais rien n’est arrêté.

Tatiana c’est une longue histoire. Je l’ai rencontrée au cours du festival BD de Bourges. J’étais près de la sortie pour aller chercher mon biniou afin de souhaiter en musique un bon anniversaire à des personnes. J’étais près d’inconnus et parmi eux… Tatiana. Elle m’a reconnu : « M. Fournier ? C’est vous qui faites Bizu ? ». On a parlé de Bizu, je lui ai dit « si ça t’intéresse, on fait un essai ». Elle a fait des essais assez concluants mais pour l’instant, on en reste là.

Eyaël : Quel est l’âge physique de Bizu ?

J-C Fournier : Y a pas d’âge du tout… Ou alors une fourchette entre seize et cent trente ans. Franchement je n’en sais rien.

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Eyaël : La reprise de la série est-elle en bonne voie ?

J-C Fournier : Oui, comme je l’ai dit plus haut au Québec beaucoup de gens aiment Bizu. Et en France, quelques passionnés, de-ci de-là, me demandent quand je reprendrai Bizu, ça donne envie.Par contre, la série sera axée sur un public plus enfantin.

Pour l’instant, une première intégrale est sortie, une seconde est prévue pour 2015. Elles permettront de prendre la température d’un éventuel lectorat. On verra alors si l’on doit redémarrer la série.

Eyaël : Quelle est votre aventure de Bizu favorite ?

J-C Fournier : Je crois que c’est La Croisière Fantôme, j’en suis assez content.

Eyaël : Jean-Claude Fournier, un grand merci pour avoir répondu à nos questions.

J-C Fournier : Dômo arigatô gôzaimasu ! *

Eyaël : Kenavo ar wech all !**

*Merci beaucoup (japonais) ** Au revoir et à bientôt (breton)

[Interview réalisée par Eyaël pour Ederweld.fr en août 2014 – images d’illustration copyright Jean-Claude Fournier]

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