Critique : Astérix (tome 36) de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

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Références : 

Il s’agit du tome 36 de la série culte Astérix. Intitulé Le Papyrus de César, ce tome est scénarisé par Jean-Yves Ferri, dessiné par Didier Conrad et mis en couleur par Thierry Mébarki. La série était initialement réalisée par René Goscinny et Albert Uderzo. L’album est paru le 22 octobre 2015 aux Éditions Albert René et peut se trouver à 9€95 (prix éditeur).

Tout public


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Résumé de South : Cette fois ça y est, César vient d’achever ses mémoires sur la guerre des Gaules ! Consulté pour la relecture du manuscrit, son éditeur et conseiller, Promoplus, lui propose néanmoins de passer sous silence le chapitre relatif à ses défaites contre le village d’Astérix et de ses compagnons. La décision est prise, ledit chapitre sera donc purement et simplement effacé et ses copies détruites. Malheureusement, une copie échappe à l’éditeur et parvient à éviter la destruction. Parvenue entre les mains du colporteur gaulois Doublepolémix, elle pourrait aisément faire trembler l’Empire si les Romains venaient à apprendre que toute la Gaule n’est pas conquise.

L’avis de Yann :

Une aventure d’Astérix comme je les aime. L’histoire est davantage inscrite dans l’esprit d’Astérix qu’Astérix chez les Pictes, dont l’idée de départ était bien évidemment intéressante, recherchée et très bien documentée. Mais pour ce qui est l’album fini, il est largement dépassé par cette trente-sixième aventure qu’est Le Papyrus de César.

Il est assez rare que la bande dessinée me fasse rire au point de me « fendre la poire » ne serait-ce que quelques secondes. Astérix est une des rares séries de bande dessinée qui remplit cette mission, et là encore dans cette aventure, une bonne dose d’humour remarquable est saupoudrée, que ce soit au dénouement de l’histoire ou quand nous vivons les plans machiavéliques de César et son conseiller, deux moments que j’ai particulièrement retenus et lors desquels je me suis bien marré.

Conrad fait preuve d’une très bonne imagination (très probablement aidée par les story-boards dessinés par Jean-Yves Ferri) pour ce qui est des nouveaux décors de cet album, en particulier ceux situés dans la forêt. Je salue la finesse du trait de Didier sur les animaux qu’il croque avec perfection : l’écureuil, le renard… un super graphisme nous est proposé.

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Côté personnages, nous avons toujours un Astérix un peu trop figé par moments, et ses expressions sont encore à peaufiner. On sent bien la difficulté encore présente de Conrad pour dessiner certaines attitudes de notre Gaulois, ce n’est pas le tout de le représenter de face sur une dédicace. Je pense que sa particularité par rapport aux autres personnages, ses grands yeux, est plus complexe à maîtriser. Les autres personnages, Gaulois, Romains… sont pour la plupart dessinés à la perfection et sans aucune dégradation, jusqu’au banquet final de l’album, et même au-delà (vous comprendrez donc que le banquet final, à titre exceptionnel n’est pas la « dernière case de l’aventure » oups… je ne devais pas vous le dire ?).

Si on parle cette fois de la personnalité des personnages, j’ai trouvé très attachants les deux druides que l’on rencontre dans la forêt des Carnutes : Gasdechix et Archéoptérix. Au village, soyez rassurés : les porteurs du chef Abraracourcix sont fidèles au poste.

panoramix papyrusLe rythme de l’histoire est très bien réparti. L’intrigue repose sur une idée simple mais lumineuse. Une certaine modernité se dégage de cet album, notamment au travers de certains noms de personnages : « Rézowifix », ou encore dans les tenues des personnages, Mme Agecanonix se retrouvant par exemple en débardeur pour dormir. Confronter l’univers et la mythologie d’Astérix à l’actualité qui nous entoure, c’est déjà ce que faisaient Goscinny et Uderzo dans la série originelle, lorsqu’ils plaçaient leur petit guerrier, accompagné de son ami le livreur de menhirs, au cœur des problématiques de la France de leur époque. Dans Le Domaine des Dieux, il était ainsi question de la politique de l’urbanisme. Dans Obélix et Compagnie, le village gaulois était confronté au développement d’une économie de masse. Ici, dans Le Papyrus de César, la douce Gaule découvre soudain l’accélération vertigineuse de l’actualité, et comment une information dissimulée ne le reste jamais très longtemps. Les oiseaux des forêts sont bleus et font «Twiit !». L’horoscope joue sur l’humeur des villageois. L’un des responsables des communications par pigeons s’appelle Résowifix comme nous vous le signalions plus haut. Et les druides communiquent entre eux en se servant de roseaux. Comme le dit justement Panoramix : « Pas de roseau, pas d’appel ! ». J’émets tout de même une petite critique négative sur quelques jeux de mots et allusions modernes un peu lourdes voire de trop.

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Ferri nous propose, à la manière de Goscinny, des objets de notre époque adaptés aux moyens de l’époque gauloise, des anachronismes qui sont un ingrédient essentiel d’Astérix. Page 39, vous remarquerez une montre-cadran solaire que porte Bonus Promoplus.

[Faire attention aux spoilers pour ce paragraphe seulement]

Tour d’horizon sur les particularités de cette aventure : une information exclusive relayée par Lutèce nous informe que Panoramix serait au combat à la fin de l’album. En effet ayant bu de la potion magique notre cher druide n’a plus ses « douleurs lombaires » pour l’empêcher de courir. Devinez enfin qui nous voyons à la fin de l’album ? Albert et René croqués par Didier Conrad, un beau clin d’œil.

Au dénouement de l’histoire, comme toujours, César arrive et règle la situation, tout va bien, digne d’un « happy end » américain, et le banquet suit (sur une vue différente dessinée par Didier). Classique aussi, l’image de la bataille avec Obélix au centre (qui nous rappelle une case similaire dans Astérix chez les Pictes mais avec un plan plus rapproché). Pour finir l’analyse de l’histoire, Le Papyrus de César part d’une base historique, le livre de César La Guerre des Gaules, qui tenait particulièrement à cœur au scénariste. L’album est tellement bon qu’Uderzo envisagerait les laisser faire le prochain « sans rien dire ».

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Conrad+Ferri ce sont tous les bons ingrédients réunis pour faire un vrai Astérix. Les deux auteurs repreneurs ont désormais fait leurs preuves. Le Papyrus de César, encore une fois, ce sont des ingrédients qui leur sont propres pour une recette parfaitement dans l’esprit de leur prédécesseurs : René Goscinny et Albert Uderzo. Certes, Le Papyrus de César reste dans l’esprit de la série, mais lui redonne malgré tout un sacré coup de jeune !

L’avis de South : 

Second tome paru depuis la reprise de la série par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, second tome réussi avec brio. Sans renier les éléments qui ont fait son succès, Astérix bénéficie sans contexte d’un renouveau humoristique et scénaristique.

Après un tome « en extérieur » (l’album précédent avait lieu en Écosse), Le Papyrus de César se déroule cette fois-ci en Gaule. Une manière comme une autre de s’inscrire dans l’alternance traditionnelle pensée par le duo d’auteurs précédents (René Goscinny et Albert Uderzo). Si pirates, Romains, sangliers, banquet et batailles de poissons sont bien entendu au rendez-vous, ce 36ème album aborde également de nouvelles problématiques contemporaines.

Le personnage de Doublepolemix, que l’on sait inspiré de l’Australien Julian Assange, fondateur de Wikileaks, permet ainsi une double lecture de l’album. A travers l’histoire d’un simple colporteur, c’est finalement l’actuelle problématique des lanceurs d’alerte et de leur asile politique qui est finalement perceptible en filigrane. La question du flux de données et de leur possible interception, remise récemment sur le devant de la scène par Edward Snowden, tient également une place importante dans ce 36ème opus. J’ai eu à ce titre plaisir à voir la série réactualisée aux enjeux du XXIe siècle.

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Côté noms humoristiques, il y a également eu un petit rafraîchissement. Beaucoup de personnages arborent en effet des noms 2.0, liés à l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Coup de cœur personnel quant à Gasdechix, nom donné à l’un des druides de l’aventure. Le gaz de schiste étant actuellement au cœur de nombreuses polémiques écologiques, notamment outre Atlantique car son extraction par fracturation est souvent vue comme destructrice des nappes phréatiques et de l’environnement. Le choix d’un druide, que l’on suppose traditionnellement proche de la nature et de la forêt permet un parallèle contradictoire que je trouve pour ma part très bien pensé.

De plus, la trame de l’histoire s’accommode parfaitement du format franco-belge et l’aventure y est bien dosée. Par ailleurs, l’un des points forts de cet album réside également dans la référence directe à l’ouvrage La guerre des Gaules, lequel a vraiment existé et permet une magnifique mise en abyme entre l’histoire du célèbre village d’irréductibles Gaulois et l’Histoire avec un grand H.

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Côté humour, la série est fidèle à ce qu’elle a toujours été et s’inscrit dans le même esprit qu’Astérix chez les Pictes. Les quiproquos d’Obélix sont plus pétillants que jamais et les Romains, par leurs naïveté, m’ont beaucoup fait rire. Il n’est jamais simple de reprendre une série, qui plus est humoristique. Pour autant, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad arrivent à faire rire tout en réutilisant, parfois, des procédés déjà utilisés dans la série. Un vrai tour de force ! Je saluerai également les quelques libertés prises par Jean-Yves Ferri quant à l’univers originel (même s’il est vrai qu’après Le ciel lui tombe sur la tête on pouvait se dire que tout était possible). L’ajout de licornes était un pari risqué mais très bien amené.

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Côté dessins, je ne cacherai pas mon attachement pour le style de Didier Conrad, dessinateur qui me faisait déjà rêver il y a longtemps avec Donito, l’une de ses séries pour enfants (malheureusement tombée dans l’oubli). A l’instar du tome précédent, le style du nouveau dessinateur d’Astérix s’inscrit pleinement dans les traces d’Albert Uderzo. Il n’y a certes rien de révolutionnaire par rapport aux précédents albums mais tel n’est pas l’objectif et en ce sens le passage de flambeau entre deux générations de dessinateurs s’est fait sans accroc.

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Bilan : Un très bon album dont les deux millions d’exemplaires seront demain entre les mains des lecteurs, continuant ainsi de faire vivre Astérix avec ses nouveaux auteurs Didier Conrad et Jean-Yves Ferri !

Yann & South 


Les images d’illustration de cet article sont © Jean-Yves Ferri –Didier Conrad – Les Éditions Albert René

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2 réponses

  1. lizzy dit :

    Encore un peu hésitante à acheter l’album ,je dois avouer que je ne le suis plus du tout! Ces analyses m’ont vraiment convaincue sur le fait qu’un nouveau tome d’Astérix ne peut être qu’une réussite (même si « Astérix chez les pictes » m’avait légèrement déçue) bien que l’auteur ne soit plus le même. Bravo pour ces critiques et notamment pour celle de Yann qui m’a tout à fait séduite ! Bonne continuation 🙂

  2. AlexBigWood dit :

    Bravo a Ferry qui pour moi a réussi à ressusciter l’humour et la critique du grand Goscinny dans cet album. Presque de quoi oublier le navet précédent, lourd et convenu. J’ai retrouvé avec délectation l’atmosphère des meilleurs albums de la série. Les jeux de mots et calembours sont drôles et sonnent juste, les parallèles avec l’époque actuelle bien menés et l’histoire prenante. Seul bémol pour moi: Notre héros à moustache est peu entreprenant dans cette histoire, au point même qu’ils auraient pu l’effacer de l’album sans que le récit soit affecté. Chapeau aussi à Conrad qui apporte des touches de modernité dans le dessin toi en conservant les traits des personnages cultes de la série. Après un galop d’essai raté, il semble tout de même que la relève soit assurée et que notre héros gaulois nous fera encore rêver.

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