Bilan de la 2e Session des EGBD

Les Etats Généraux de la bande dessinée se sont à nouveau réunis à l’occasion du Festival de la bande dessinée d’Angoulême pour un premier bilan d’étape. Cette réunion du 29 janvier 2016, à destination des auteurs et journalistes, avait notamment pour objectif de présenter les résultats de l’étude réalisée du 15 septembre au 15 Novembre 2015. Etude dont la mission était de dresser un état des lieux de la situation des auteurs de BD amateurs comme professionnels.

Remarque : Attention, cet article fait directement suite à l’article réalisé l’an dernier et que vous pouvez retrouver ici : http://ederweld.fr/la-session-douverture-des-egbd-quel-bilan/ Je vous en conseille vivement la lecture pour comprendre ce dont il s’agit si l’abréviation EGBD ne vous parle absolument pas. 

Vous avez le moral ? Pour éviter de le perdre je vous conseille donc de vous munir d’un thé ou d’un chocolat chaud. C’est bon ? Vous y êtes ? Ok allons-y.

Une étude des EGBD significative

Grâce au travail réalisé par les Etats généraux de la BD, nous avons donc à présent un état des lieux beaucoup plus objectif que l’année dernière sur la situation des auteurs de bande dessinée francophones. Les résultats de l’étude qui nous ont été présentés aujourd’hui, sans forcément toujours nous surprendre, cristallisent néanmoins nos craintes de manière chiffrée.

Près de 1500 auteurs ont ainsi répondu à l’enquête des EGBD ce qui représenterait à peu près 50% des auteurs de BD, bien qu’aucun chiffre officiel n’existe à ce sujet. L’enquête en est-elle pour autant peu représentative ? Pour Benoît Peeters, président des EGBD, « à partir du millier de réponses […] les grands chiffres et les grandes orientations ne variaient plus énormément ». Cela permet donc de considérer la fiabilité de l’étude finale. Quoi qu’il en soit, c’est l’étude la plus importante réalisée sur cette thématique à l’heure actuelle eu égard au nombre de réponses obtenu.

Précisons également que lors de la construction de l’étude, le terme d’auteur a été apprécié largement. Il s’agissait d’y inclure tant les auteurs professionnels qu’amateurs (fanzine, blog bd etc). Cela aura son importance par la suite. De plus, des auteurs francophones de plusieurs nationalités ont participé à l’étude. En revanche, sur les questions éminemment nationales, seuls les auteurs français ont été consultés.

Une profession majoritairement masculine MAIS…

Suite à la polémique générée il y a quelques semaines par le Grand Prix d’Angoulême, se posait la question de la place des femmes dans le monde de la BD. Selon l’étude elles seraient 27% contre 72% d’hommes (1 NSP). Il y a donc 2,7 fois plus d’hommes que de femmes (avec le 1% d’erreur).

Toutefois, les écarts entre professions : scénaristes-dessinateurs-coloristes sont bien moins importants qu’autrefois puisque la répartition est globalement homogène. Soulignons qu’autrefois, les femmes étaient majoritairement des coloristes et les coloristes des femmes.

taches egbd

© Etats Généraux de la Bande Dessinée

Cette tendance de la prédominance des coloristes féminins semble aujourd’hui beaucoup plus nuançable comme en témoigne le graphique ci-dessous :

egbd metiers

© Etats Généraux de la Bande Dessinée

Précisons également que l’âge moyen des femmes ayant répondu à l’étude est de 34 ans contre 41 ans pour les hommes. On assiste donc globalement à un début de féminisation du secteur. Seul l’avenir nous dira si cette tendance se confirme ou non.

Si je fais partie de ceux qui considèrent qu’une BD n’a pas de sexe, je dois admettre que d’un point de vue sociologique, cela a un sens. Nous en reparlerons plus bas.

Auteur de BD, une profession de plus en plus spécialisée ?

Les auteurs de BD sont 32% à déclarer avoir suivi une formation spécialisée en BD contre 4% pour les + de 50 ans. (15% pour les 31-40 ans et 13% pour les 41-50 ans). On peut donc en déduire que de plus en plus d’auteurs suivent des formations dans le domaine de la BD au fil des ans. 

Toutes tranches d’âges confondues, ce sont 52% des répondants qui ont indiqué avoir suivi une formation dans un domaine artistique, 16% seulement en BD. Cela reste donc encore inférieur au pourcentage d’auteurs qui ont suivi une formation dans un domaine non artistique (30%). [2% NSP]

79% des répondants ont par ailleurs indiqué avoir poursuivi leurs études post bac, majoritairement entre 3 et 5 ans (64%).

Si l’augmentation de la spécialisation des auteurs dans la BD semble être en marche, elle ne semble donc pas traduire la réalité du monde de la BD qui comporte encore une majorité d’auteurs autodidactes en exercice. 

En outre, la formation des auteurs ne semble pas avoir de réel impact sur leur sentiment d' »installation » dans le secteur. Qu’ils aient ou non suivi une formation artistique, près de la moitié des auteurs s’estiment² professionnels précaires. 

Un rythme de travail effréné avec peu de week-ends et de faibles revenus à la clef

Si la moyenne du temps de travail par semaine des auteurs de BD répondants est égale à la durée légale de travail en France : 35h¹, ils sont 36% à déclarer travailler plus de 40h par semaine, 37% ont également indiqué travailler 4 week-ends par mois pour de la bande dessinée. Ce chiffre peut paraître faible eu égard à la totalité des répondants mais il représente en réalité le pourcentage le plus important. En outre, ce sont 80% des répondants qui déclarent travailler au moins 2 week-ends par mois pour de la BD.

(Cela comprend tant à la fois la réalisation de la BD en tant que telle mais aussi les dédicaces, festivals etc.)

Si la charge de travail semble important, cela se double d’un 2e emploi pour 71% des auteurs ayant répondu à l’étude. Ce chiffre monte même à 76% pour les femmes, contre 69% pour les hommes.

54% des auteurs exercent ainsi un deuxième emploi dans une autre activité artistique ou dans l’enseignement, professions souvent très proches de leur activité d’auteur de BD.

Niveau revenus, le bilan est accablant, je vous laisse avec le tableau global qui parle de lui-même.

egbd professionnels

© Etats Généraux de la Bande Dessinée

Et la situation est encore plus dramatique chez les femmes.

egbd femmes

© Etats Généraux de la Bande Dessinée

Joyeux hein ? Bon, ces chiffres ne sont pas surprenants eu égard au sentiment général et confirment la nécessité et le travail des EGBD. Néanmoins les voir ainsi représentés transforme le sentiment en réalité objective et ça fait toujours un choc.

De plus, 66% des auteurs ont peur que leur situation ne se dégrade dans les 5 prochaines années.

Parmi l’intégralité des répondants, 41% estiment même que leur situation s’est déjà dégradée ces dernières années. Ils sont d’ailleurs 51% à ne pas savoir s’ils feront toute leur vie carrière dans la BD. Rassurant…

-Je vous avais bien dit qu’un thé ou un chocolat chaud pourraient vous être d’un grand secours lors de votre lecture. –

Les sites BD, des acteurs non négligeables pour la promotion presse des œuvres

Pour repasser à des nouvelles un peu plus réjouissantes j’ai découvert un graphique assez intéressant et assez optimiste quant au travail que l’on peut faire ici. La majorité des auteurs ont en effet indiqué que la promotion presse de leurs oeuvres s’était faite sur des sites BD spécialisés. Cela confirme donc indirectement l’importance du rôle qu’ils ont à jouer dans la promotion du 9e Art.

egbd sitebd

Si notre travail sur Ederweld est avant tout destiné aux lecteurs, nous aimons les auteurs. Par conséquent nous ne pouvons que nous réjouir s’ils estiment que notre secteur leur apporte une certaine visibilité. D’ailleurs, 68% des auteurs de l’étude ont indiqué n’avoir eu aucun marketing depuis 3 ans, inquiétant…

Bilan

Voilà pour les principaux enseignements que l’on peut tirer de ce premier rapport des EGBD. Il y avait bien entendu beaucoup d’éléments et je n’ai fait qu’en analyser certains. Par conséquent, si vous souhaitez accéder au rapport complet en pdf c’est ici. Nous noterons également qu’en dépit de leurs faibles revenus, les auteurs touchent peu d’aides et semblent peu informés de leurs droits.

Vous l’aurez compris, loin de complètement révolutionner ce que l’on croyait savoir de la situation des auteurs, ce rapport a néanmoins confirmé la situation dramatique à laquelle beaucoup se trouvent confrontés (et c’est déjà énorme). Ces données seront également mises en perspective avec les futures enquêtes comme par exemple, celle relative aux éditeurs.

Par ailleurs, 25 auteurs représentatifs de l’ensemble de la profession seront interrogés par le conseil scientifique pour poursuivre les réflexions. Il s’agira là de réaliser une étude qualitative en complément de l’étude qualitative présentée aujourd’hui.

Cette 2e session fut également l’occasion de présenter les cahiers de doléances du SNAC BD ainsi que l’histoire des mouvements d’auteurs de bd. Ces deux points ne vous intéressant pas directement, vous lecteurs, je les garde pour plus tard.

Voilà qui clôture mon bilan de la deuxième session des EGBD. Notez par ailleurs que la réforme du RAAP est passée cet hiver (discretos :p). Elle est certes moins importante que prévue mais elle a eu lieu et ne sera pas sans conséquences dramatiques sur la profession. J’essayerai d’en reparler à l’occasion car cela a tout à voir avec les propos de cet article.

Gardons le sourire malgré tout, on peut tous à notre niveau essayer d’améliorer les choses. Je vous tiendrai au courant des évolutions des futures discussions.

South

[hr]

¹ Les 35h proviennent de la moyenne entre auteurs professionnels et amateurs. Pour Benoît Peeters, président des EGBD, ce chiffre doit donc être relativisé.

Rapport EGBD © Etats Généraux de la Bande Dessinée

Si des membres des EGBD passent par ici, je tiens à les féliciter pour l’importance et la qualité du travail réalisé avec cette étude. C’est très instructif et enrichissant.

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