« Bizu » : du commencement à la fin

Au départ…

Jean-Claude Fournier, l’auteur, a toujours aimé dessiner. Il apporte ses dessins lors d’une séance de dédicaces qui a lieu à Paris, Boulevard St Germain. Les auteurs Franquin, Tillieux, Roba et Goscinny sont présents. Il en ressort quelques critiques encourageantes. Franquin lui remet un numéro de téléphone à appeler une fois en Belgique, que Fournier tellement étonné ne prendra pas ; il devra acheter à un prof de dessin le numéro de téléphone en question.

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En 1966, Fournier arrive à Bruxelles et rencontre Maurice Rosy. Se trouve dans les dessins présentés un lutin maléfique vivant dans une forêt magique. Le décor semble déjà planté, hélas, le résultat est amer : le personnage ne correspond pas aux attentes de la maison d’édition (Dupuis), il faut progresser…

Franquin, pour sa part, croit au talent de Fournier : « Je vois quelque chose dans ton dessin. (…) Il n’est pas au point. Il faut bosser, bosser, bosser. » C’est ainsi que Maître Franquin transmet son savoir à Fournier, et ça porte ses fruits. Petit à petit, sur les esquisses, les planches d’essai, les formes s’arrondissent, le décor est fouillé. Fournier abandonne son personnage d’origine qui devient gentil, rêveur et généreux.

En 1967, on peut envisager la publication de Bizu.

Rencontre historique entre Fournier et Yvan Delporte, figure mythique du Journal de Spirou. Grand amateur de poésie et de culture gaélique, Delporte (à cette époque rédacteur en chef) semble apprécier et demande « Vous jouez du biniou ? » « Si j’ai la chance de revenir ici un jour, je vous l’apporte mon biniou. » « Moi je suis preneur, on démarre ensemble. Mais la prochaine fois, vous amenez le biniou ! ».

Cette anecdote est aussi célèbre et incontournable que le déjeuner entre Franquin et Peyo avec le « passe moi la heu… la schtroumpf ! » « Tiens, voilà ta schtroumpf ».

Charles Dupuis aussi aimait bien l’esprit de Bizu. C’était gagné ! Fournier est revenu, avec le biniou ! C’est le 16 mars 1967 qu’un nouveau héros rejoint les rangs du journal Spirou.

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L’une des couvertures de Spirou mettant à l’honneur Bizu (scan bdoubliées)

De 1967 à 1986 s’ensuivront plusieurs récits, la plupart du temps de six planches, 21 au maximum, la seule exception de cette série restant Le Piège Mélomane, aventure de 44 pages parue en 1968.

A certaines occasions, quand Fournier était trop pris par Spirou et devait publier les aventures de son lutin, il a confié des planches à Gégé. Gégé alias Gérard Cousseau était un passionné de la série et a accepté de dessiner trois récits en partant de crayonnés de Fournier.

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Un extrait du signe d’Ys.

 

Pourquoi souvent des récits courts ?

Il y a trois raisons à cela : tout d’abord l’auteur ne savait pas encore précisément où il comptait aller avec ses petits personnages. Ensuite, un récit court est plus simple à lire qu’une histoire à suivre. Enfin, quand Franquin a abandonné la série Spirou, Fournier en a assuré la reprise. Il disposait donc de moins de temps pour se consacrer à Bizu.

Ce n’est que quand Fournier cesse son travail sur Spirou qu’il peut enfin envisager de longues histoires.

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Le Signe d’Ys, la première grande aventure de Bizu en album

De 1986 à aujourd’hui

C’est dans la même année 1986 que paraît en album aux éditions Fleurus la première longue aventure de Bizu. Il est vrai qu’il existait un autre album Bonjour Bizu mais ce dernier reprend les premiers récits parus dans le journal. Au Signe d’Ys succédera Le Fils de Fa Dièse. Il faut attendre le Spirou 2675 pour que Bizu fasse son retour dans l’hebdomadaire.

Se succéderont trois autres aventures, hélas en 1994, la série est interrompue. Pas assez d’albums vendus, fin d’un chapitre. C’est quelque chose de difficile à encaisser pour l’auteur. Bizu est sa toute première œuvre, la plus personnelle, dans laquelle il a mis le plus de lui-même. Beaucoup de lecteurs considéraient cette série « pour les gosses » ou ne décelaient pas l’humour dans les récits. Car voilà : Bizu, c’est comme des contes philosophiques qui s’adressent aux adultes mais racontés avec légèreté.

Le temps passe… En 2012, une dessinatrice du nom de Tatiana Domas, grande passionnée du monde de Bizu, pourrait éventuellement reprendre la série. Attention : ce serait une reprise au crayon, Jean-Claude Fournier resterait au scénario.

En 2013, les éditions Dupuis sortent dans la collection « Intégrales » les récits de 1967 à 1986.

Si les ventes sont bonnes, il serait tout à fait possible que notre petit duo refasse son apparition. Par contre, pour éviter une répétition de l’histoire, le scénario sera plus enfantin.

Il ne reste plus qu’à savoir s’il y aura officiellement reprise de la série. On l’espère !!!

Eyaël

[hr]

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